9 heures 45 minutes, ce matin du mercredi 6 mai 2026 à Dakar. La sonnerie de la cloche retentit dans la salle de l’établissement où sont réunis investisseurs, régulateurs, dirigeants et partenaires institutionnels ; à la manœuvre, Papa Toby Gaye, Directeur général de Senelec, qui secoue la cloche dont la sonnerie retentit au même moment et à la seconde près, dans la salle de marché de la BRVM à Abidjan.
Entouré par Moustapha Baydi Ba, Conseiller technique du ministre du Pétrole, de l’Energie et des Mines, Dr. Edoh Kossii Amenounvé, Directeur général de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), Sokhna Adji MBAYE, Directrice générale de BOAD Titrisation, le Directeur général de Senelec vient de sonner le début de la séance de négociation, permettant aux courtiers et aux algorithmes d'échanger les titres de créance que Senelec a mis sur le marché, à travers la première cotation du FCTC SENELEC 2025-2030.
Dans la fiche technique, il s’agit de la cotation du FCTC SENELEC SENIOR 8,15% 2025-2030 et du FCTC SENELEC MEZZANINE 10,00% 2025-2030 officiellement célébrées.
Deux tranches publiques (83 milliards pour la Senior et 25 milliards pour la Mezzanine), les tranches Junior étant détenues directement par la SENELEC et non cotées.
Derrière l’acronyme technique (FCTC SENELEC), l’opération consiste pour l’entreprise à céder des factures échues et impayées (notamment d'entités publiques, d'ambassades et de grandes entreprises) à un Fonds Commun de Titrisation de Créances, qui émet en contrepartie des obligations sur le marché financier régional de l'UMOA.
En termes simples : Senelec avait dans ses livres des créances réelles, liquides, mais bloquées (des factures non payées par des administrations, des ambassades, des entreprises). Ces créances, bien qu'elles représentent de l'argent réel, n'étaient pas mobilisables immédiatement. La titrisation les transforme en titres financiers négociables sur la BRVM, permettant ainsi à Senelec de récupérer du cash aujourd'hui pour financer des projets, tandis que les investisseurs acquièrent un actif adossé à ces créances.
« Nous sommes les pionniers »
La cérémonie à Dakar est la célébration d’une maturité collective : une opération de 120 milliards FCFA, doublement certifiée ESG, avec un investisseur ancre international ; des co-chefs de file régionaux ; une garantie GuarantCo et une cotation BRVM (ça ne s'improvise pas). Cela suppose des équipes, des compétences, des réseaux et une régulation qui ont tous atteint simultanément un niveau de maturité suffisant.
Avec une conviction teintée de fierté mesurée, Papa Toby Gaye résume d’entrée l'état d'esprit : "C'est avec une immense fierté que je prends la parole à l'occasion de cette cérémonie. Un événement majeur qui marque une étape déterminante dans l'histoire financière de notre entreprise."
Rappelant la singularité de l'opération, le Directeur général de Senelec précise : « Nous sommes les pionniers à avoir lancé simultanément le premier Green Bond et le premier Sustainability-Linked Bond de cette envergure en Afrique, dans une vision alliant performance et responsabilité. »
Cette opération marque la première émission de Green Bond par une entreprise publique en Afrique, et la première obligation en Afrique à obtenir une double labellisation Green Bond et Sustainability-Linked Bond. Deux premières continentales simultanées, sur un marché régional que beaucoup de bailleurs internationaux regardaient encore, il y a cinq ans, comme trop étroit pour des opérations de cette sophistication.
Un marché qui s'approfondit
Sur la mécanique de l'opération, il a été pédagogique : "Avec le volet Green Bond, nous finançons des projets concrets de transition énergétique. Avec le volet Sustainability-Linked Bond, nous prenons un engagement contractuel devant vous, celui d'indexer notre financement à l'atteinte d'objectifs de durabilité", explique-t-il. La distinction est essentielle.
Un peu avant le Directeur général de Senelec, l’adresse du Directeur général de la BRVM, Dr Edoh Kossi Aménounvé, tient en une thèse et un chiffre. Selon lui, « Cette cérémonie illustre la capacité de notre marché à accompagner le financement durable des entreprises stratégiques de notre Union, dans un contexte où les projets d'investissement dans les infrastructures énergétiques demeurent considérables. »
Le chiffre, lâché en fin d'intervention, est celui qui compte : "Cette première cotation apportera à notre marché obligataire une capitalisation additionnelle de 108 milliards de FCFA."
Aménounvé a également glissé un indicateur de performance global de la BRVM : "Nous en sommes, à la taille d'hier, à 75% des valeurs qu'on exigeait l'année dernière. Nous n'avons pas encore fait six mois au cours de l'année 2026." Autrement dit, en moins de cinq mois, la BRVM a déjà atteint 75% des volumes de toute l'année précédente.
Au-delà de l’aspect financier, cette cotation repose sur un partenariat impliquant plusieurs acteurs, notamment la BOAD Titrisation, les autorités du marché, des institutions financières ainsi que différents conseils techniques et juridiques.
Les éléments les plus précis ont été d’ailleurs soulignés par Sokhna Adji Mbaye, Directrice générale de BOAD Titrisation, sur la base d'investisseurs ayant participé à l'opération.
Elle a salué « l'intervention de Beranco, agissant pour le compte d'un investisseur institutionnel" (référence à GuarantCo, le garant international de la tranche Senior) et a nommé deux investisseurs régionaux de premier plan présents dans la salle : « la directrice générale de Bridge Banque Sénégal ainsi que le directeur général de Wave Sénégal pour leur participation marquante dans cette opération. »
L'entrée de Wave Sénégal (la fintech de paiement mobile qui a révolutionné les transferts d'argent en Afrique de l'Ouest) comme investisseur institutionnel dans un FCTC obligataire est l'information la plus significative de la cérémonie. Elle signale que les nouveaux acteurs de la finance numérique commencent à déployer leurs réserves de trésorerie sur les marchés de capitaux régionaux. C'est une rupture.
Sur la sophistication de l'opération, Mme Mbaye a insisté sur un point : « Elle démontre la capacité du secteur régional à concevoir et à exécuter des opérations complexes répondant aux meilleurs standards internationaux. » Le facteur décisif du succès : « l'apport d'un investisseur de référence hors zone (M&G Investments via le véhicule luxembourgeois arrangé par Symbiotics) « qui est venu sur ce type d'opération compte tenu du sérieux des acteurs et de la structuration proposée. »
Un nouvel horizon
Co-chef de file de l'opération, le Directeur général d'Impaxis Securities, Ababacar Diaw, a évoqué la question qui structure tout : « Nous sommes à une base charnière de nos développements, où il est important de pouvoir trouver des moyens et des schémas endogènes pour pouvoir financer notre développement. » La réponse qu'il donne est celle du marché : « La capacité aujourd'hui du marché financier qui offre des ressources quasi illimitées, venant en complément et en renfort à l'écosystème existant », souligne-t-il.
Il a nommé l'effet catalytique qui, selon lui, a changé la nature de l'opération : l'investisseur international hors zone, dont la présence "a permis d'ajouter des ressources supplémentaires" mais surtout a signalé à tous les autres que l'opération était crédible.
Dans la finance structurée, l'ancre internationale est autant un signal de qualité qu'une source de financement.
Pour M. Diaw, « Cette opération marque et ouvre un nouvel horizon pour le marché financier. Si nous structurons comme il faut, nous amenons cette confiance non seulement chez les investisseurs de notre zone mais nous permettons également à d'autres investisseurs de venir », conclut-il.
Présidant la cérémonie officielle, Moustapha Baïdi Ba, Conseiller technique du ministre en charge du Pétrole, de l’Energie et des Mines, a fait remarquer qu’ « Avec cette opération, Senelec se familiarise davantage avec le marché financier et celle-ci en est la troisième de Senelec sur le marché obligataire. »
120 milliards, « c’est un financement qui correspond aux besoins de Senelec », a-t-il conclu.
On retiendra la vision prospective du directeur général de Senelec pour qui : « Cette cotation ne constitue pas une finalité en soi mais une étape supplémentaire dans un processus de modernisation financière et institutionnelle. Nous entendons capitaliser sur ce succès pour explorer d'autres mécanismes innovants au service du financement du secteur de l'énergie. »
108 milliards de FCFA ajoutés en une journée au compartiment obligataire de la BRVM. À ce rythme (FCTC KEUR SAMBA le 8 avril, FCTC Croissance Agricole le 5 mai, FCTC SENELEC le 6 mai), la capitalisation obligataire du marché régional progresse à une vitesse inédite. Le marché secondaire reste l'enjeu, mais le stock d'actifs qui l'alimentera demain se constitue aujourd'hui, séance après séance.
Malick NDAW
Entouré par Moustapha Baydi Ba, Conseiller technique du ministre du Pétrole, de l’Energie et des Mines, Dr. Edoh Kossii Amenounvé, Directeur général de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), Sokhna Adji MBAYE, Directrice générale de BOAD Titrisation, le Directeur général de Senelec vient de sonner le début de la séance de négociation, permettant aux courtiers et aux algorithmes d'échanger les titres de créance que Senelec a mis sur le marché, à travers la première cotation du FCTC SENELEC 2025-2030.
Dans la fiche technique, il s’agit de la cotation du FCTC SENELEC SENIOR 8,15% 2025-2030 et du FCTC SENELEC MEZZANINE 10,00% 2025-2030 officiellement célébrées.
Deux tranches publiques (83 milliards pour la Senior et 25 milliards pour la Mezzanine), les tranches Junior étant détenues directement par la SENELEC et non cotées.
Derrière l’acronyme technique (FCTC SENELEC), l’opération consiste pour l’entreprise à céder des factures échues et impayées (notamment d'entités publiques, d'ambassades et de grandes entreprises) à un Fonds Commun de Titrisation de Créances, qui émet en contrepartie des obligations sur le marché financier régional de l'UMOA.
En termes simples : Senelec avait dans ses livres des créances réelles, liquides, mais bloquées (des factures non payées par des administrations, des ambassades, des entreprises). Ces créances, bien qu'elles représentent de l'argent réel, n'étaient pas mobilisables immédiatement. La titrisation les transforme en titres financiers négociables sur la BRVM, permettant ainsi à Senelec de récupérer du cash aujourd'hui pour financer des projets, tandis que les investisseurs acquièrent un actif adossé à ces créances.
« Nous sommes les pionniers »
La cérémonie à Dakar est la célébration d’une maturité collective : une opération de 120 milliards FCFA, doublement certifiée ESG, avec un investisseur ancre international ; des co-chefs de file régionaux ; une garantie GuarantCo et une cotation BRVM (ça ne s'improvise pas). Cela suppose des équipes, des compétences, des réseaux et une régulation qui ont tous atteint simultanément un niveau de maturité suffisant.
Avec une conviction teintée de fierté mesurée, Papa Toby Gaye résume d’entrée l'état d'esprit : "C'est avec une immense fierté que je prends la parole à l'occasion de cette cérémonie. Un événement majeur qui marque une étape déterminante dans l'histoire financière de notre entreprise."
Rappelant la singularité de l'opération, le Directeur général de Senelec précise : « Nous sommes les pionniers à avoir lancé simultanément le premier Green Bond et le premier Sustainability-Linked Bond de cette envergure en Afrique, dans une vision alliant performance et responsabilité. »
Cette opération marque la première émission de Green Bond par une entreprise publique en Afrique, et la première obligation en Afrique à obtenir une double labellisation Green Bond et Sustainability-Linked Bond. Deux premières continentales simultanées, sur un marché régional que beaucoup de bailleurs internationaux regardaient encore, il y a cinq ans, comme trop étroit pour des opérations de cette sophistication.
Un marché qui s'approfondit
Sur la mécanique de l'opération, il a été pédagogique : "Avec le volet Green Bond, nous finançons des projets concrets de transition énergétique. Avec le volet Sustainability-Linked Bond, nous prenons un engagement contractuel devant vous, celui d'indexer notre financement à l'atteinte d'objectifs de durabilité", explique-t-il. La distinction est essentielle.
Un peu avant le Directeur général de Senelec, l’adresse du Directeur général de la BRVM, Dr Edoh Kossi Aménounvé, tient en une thèse et un chiffre. Selon lui, « Cette cérémonie illustre la capacité de notre marché à accompagner le financement durable des entreprises stratégiques de notre Union, dans un contexte où les projets d'investissement dans les infrastructures énergétiques demeurent considérables. »
Le chiffre, lâché en fin d'intervention, est celui qui compte : "Cette première cotation apportera à notre marché obligataire une capitalisation additionnelle de 108 milliards de FCFA."
Aménounvé a également glissé un indicateur de performance global de la BRVM : "Nous en sommes, à la taille d'hier, à 75% des valeurs qu'on exigeait l'année dernière. Nous n'avons pas encore fait six mois au cours de l'année 2026." Autrement dit, en moins de cinq mois, la BRVM a déjà atteint 75% des volumes de toute l'année précédente.
Au-delà de l’aspect financier, cette cotation repose sur un partenariat impliquant plusieurs acteurs, notamment la BOAD Titrisation, les autorités du marché, des institutions financières ainsi que différents conseils techniques et juridiques.
Les éléments les plus précis ont été d’ailleurs soulignés par Sokhna Adji Mbaye, Directrice générale de BOAD Titrisation, sur la base d'investisseurs ayant participé à l'opération.
Elle a salué « l'intervention de Beranco, agissant pour le compte d'un investisseur institutionnel" (référence à GuarantCo, le garant international de la tranche Senior) et a nommé deux investisseurs régionaux de premier plan présents dans la salle : « la directrice générale de Bridge Banque Sénégal ainsi que le directeur général de Wave Sénégal pour leur participation marquante dans cette opération. »
L'entrée de Wave Sénégal (la fintech de paiement mobile qui a révolutionné les transferts d'argent en Afrique de l'Ouest) comme investisseur institutionnel dans un FCTC obligataire est l'information la plus significative de la cérémonie. Elle signale que les nouveaux acteurs de la finance numérique commencent à déployer leurs réserves de trésorerie sur les marchés de capitaux régionaux. C'est une rupture.
Sur la sophistication de l'opération, Mme Mbaye a insisté sur un point : « Elle démontre la capacité du secteur régional à concevoir et à exécuter des opérations complexes répondant aux meilleurs standards internationaux. » Le facteur décisif du succès : « l'apport d'un investisseur de référence hors zone (M&G Investments via le véhicule luxembourgeois arrangé par Symbiotics) « qui est venu sur ce type d'opération compte tenu du sérieux des acteurs et de la structuration proposée. »
Un nouvel horizon
Co-chef de file de l'opération, le Directeur général d'Impaxis Securities, Ababacar Diaw, a évoqué la question qui structure tout : « Nous sommes à une base charnière de nos développements, où il est important de pouvoir trouver des moyens et des schémas endogènes pour pouvoir financer notre développement. » La réponse qu'il donne est celle du marché : « La capacité aujourd'hui du marché financier qui offre des ressources quasi illimitées, venant en complément et en renfort à l'écosystème existant », souligne-t-il.
Il a nommé l'effet catalytique qui, selon lui, a changé la nature de l'opération : l'investisseur international hors zone, dont la présence "a permis d'ajouter des ressources supplémentaires" mais surtout a signalé à tous les autres que l'opération était crédible.
Dans la finance structurée, l'ancre internationale est autant un signal de qualité qu'une source de financement.
Pour M. Diaw, « Cette opération marque et ouvre un nouvel horizon pour le marché financier. Si nous structurons comme il faut, nous amenons cette confiance non seulement chez les investisseurs de notre zone mais nous permettons également à d'autres investisseurs de venir », conclut-il.
Présidant la cérémonie officielle, Moustapha Baïdi Ba, Conseiller technique du ministre en charge du Pétrole, de l’Energie et des Mines, a fait remarquer qu’ « Avec cette opération, Senelec se familiarise davantage avec le marché financier et celle-ci en est la troisième de Senelec sur le marché obligataire. »
120 milliards, « c’est un financement qui correspond aux besoins de Senelec », a-t-il conclu.
On retiendra la vision prospective du directeur général de Senelec pour qui : « Cette cotation ne constitue pas une finalité en soi mais une étape supplémentaire dans un processus de modernisation financière et institutionnelle. Nous entendons capitaliser sur ce succès pour explorer d'autres mécanismes innovants au service du financement du secteur de l'énergie. »
108 milliards de FCFA ajoutés en une journée au compartiment obligataire de la BRVM. À ce rythme (FCTC KEUR SAMBA le 8 avril, FCTC Croissance Agricole le 5 mai, FCTC SENELEC le 6 mai), la capitalisation obligataire du marché régional progresse à une vitesse inédite. Le marché secondaire reste l'enjeu, mais le stock d'actifs qui l'alimentera demain se constitue aujourd'hui, séance après séance.
Malick NDAW


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