PERSPECTIVES ECONOMIQUES EN AFRIQUE 2026 : La fragmentation en opportunités

Mercredi 3 Juin 2026

En améliorant l'efficacité de la mobilisation et de l'utilisation de ses propres ressources, l'Afrique pourrait mobiliser jusqu'à 1 430 milliards de dollars supplémentaires par an. C’est la bonne nouvelle du rapport 2026 de la Banque Africaine de développement (BAD) intitulé « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté ».


PERSPECTIVES ECONOMIQUES EN AFRIQUE 2026 : La fragmentation en opportunités
Malgré les tensions géopolitiques, les conflits, le changement climatique, la baisse de l'aide internationale et le durcissement des conditions financières mondiales, l'Afrique continue d'afficher une croissance robuste. En 2025, la croissance du PIB réel du continent a atteint 4,4 %, contre 3,5 % en 2024, plaçant l'Afrique parmi les régions les plus dynamiques du monde.

Cependant, cette croissance demeure insuffisante pour absorber le chômage, réduire fortement la pauvreté et transformer les structures économiques. Le rapport 2026 de la Banque Africaine de développement (BAD) intitulé « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », souligne que l'Afrique reste vulnérable aux chocs externes et dépendante de ressources financières insuffisantes.

Le principal défi

Le constat central du rapport est simple : l'Afrique doit atteindre une croissance durable d'au moins 7 % par an pour accélérer la création d'emplois et la réduction de la pauvreté. Pour y parvenir, l'investissement doit augmenter massivement, pour combler un déficit annuel de financement du développement estimé à environ 1 300 milliards de dollars.
La bonne nouvelle est que le rapport estime que l'Afrique pourrait mobiliser jusqu'à 1 430 milliards de dollars supplémentaires par an en améliorant l'efficacité de la mobilisation et de l'utilisation de ses propres ressources, et ainsi financer la transformation économique.

Dénicher les ressources

L’analyse des performances économiques du continent aboutit à une stratégie ambitieuse pour combler le déficit de financement du développement, qui repose sur les ressources importantes qui restent inexploitées.

Le rapport identifie plusieurs gisements de financement sous-utilisés comme les recettes fiscales. Près de 469 milliards de dollars échapperaient chaque année aux États africains à cause de faiblesses administratives ; de l'évasion fiscale ; d'une faible conformité fiscale ; d'une conception parfois inefficace des systèmes fiscaux.

A côté, plus de 40 % des investissements publics seraient perdus à cause d'inefficiences dans la gestion des projets. Une meilleure gouvernance pourrait générer près de 299 milliards de dollars supplémentaires par an.

En même temps, l'importance du secteur informel limite les recettes fiscales et l'accès au financement. Sa formalisation progressive est présentée comme une priorité stratégique.
Le rapport considère en sus que les transferts de la diaspora africaine comme une source majeure de capitaux encore sous-exploitée.

Dans le troisième chapitre, le rapport de la BAD montre que les systèmes financiers africains demeurent fragmentés ; peu profonds ; et insuffisamment intégrés. Aussi recommande-t-il le développement des marchés de capitaux ; une meilleure régulation financière ; l'intégration régionale des systèmes de paiement ; le renforcement des banques de développement ; la mobilisation des fonds de pension et des fonds souverains africains.
L'objectif étant de construire une véritable architecture financière panafricaine capable de financer durablement l'investissement.

La clé du développement

Si la fragmentation géopolitique mondiale réduit certains flux financiers traditionnels, la BAD estime qu’elle ouvre cependant de nouvelles perspectives comme l’exploitation des minéraux critiques ; le financement climatique ; les investissements institutionnels internationaux ; la réorganisation des chaînes de valeur mondiales.

Mais pour profiter de ces opportunités, les pays africains doivent renforcer leurs institutions, améliorer leur gouvernance et proposer des cadres d'investissement crédibles.

A titre de recommandations majeures, le rapport préconise notamment de renforcer la mobilisation des ressources intérieures ; de numériser davantage les administrations fiscales ; d’améliorer la qualité de la dépense publique ; de développer les partenariats public-privé ; de réduire la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs ; entre autres.

Le message principal du rapport est que le problème de l'Afrique n'est pas seulement le manque d'argent, mais surtout la capacité à mobiliser, gérer et orienter efficacement ses ressources propres. Dans un contexte mondial de plus en plus fragmenté, la clé du développement réside dans une plus grande autonomie financière, une meilleure gouvernance et une intégration économique et financière plus poussée à l'échelle du continent.

En résumé, le rapport défend l'idée que l'Afrique dispose déjà du potentiel financier nécessaire pour financer une grande partie de sa transformation économique, à condition de lever les blocages institutionnels, fiscaux et financiers qui freinent aujourd'hui sa mobilisation.
Malick NDAW
Actu-Economie

La rédaction

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