Le 18 novembre 2022 à minuit UTC, une ligne de code s'est activée sur un serveur Oracle Cloud Infrastructure à Abidjan (Côte d’Ivoire). Ce moment discret a peut-être plus compté pour l'intégration financière du continent, que vingt ans de sommets institutionnels. Pour la première fois dans l'histoire des marchés africains, un investisseur à Abidjan pouvait acheter une action cotée à Lagos (sans ouvrir un nouveau compte, sans changer de courtier, sans traverser un labyrinthe administratif).
L'outil qui a rendu cela possible s'appelle l'AELP : African Exchanges Linkage Project. Initiative conjointe de l’Association des Bourses Africaines (ASEA) et de la Banque Africaine de Développement (BAD), il vise à établir une intégration des bourses africaines, afin de faciliter la négociation transfrontalière et le règlement-livraison des titres. L’AELP vise également à remédier au manque de liquidité, d’une part, à attirer les investisseurs internationaux, et d’autre part, à drainer l’épargne des investisseurs institutionnels et particuliers africains.
Il interconnecte sept des principales bourses africaines et couvre 90% de la capitalisation boursière continentale, soit 1 500 milliards de dollars. L'AELP tente de répondre ainsi, à un paradoxe qui dure depuis trois décennies , qui fait que l'Afrique compte 27 bourses de valeurs (davantage que l'Europe) pour un PIB six fois inférieur. La plupart sont trop petites pour générer de la liquidité, trop isolées pour attirer des institutionnels, trop fragmentées pour constituer une classe d'actifs cohérente.
« Sous ce rapport, l’AELP est une avancée notoire, qui permettra de faciliter les mouvements de capitaux avec la fluidité de tout ce qui est custudy (c’est-à-dire le fait de garder les titres) et règlements », estime Alioune Ndoye, Managing Partner de LTC Advisory.
Dans un contexte de mutualisation des efforts des pays africains pour accélérer le développement du continent, l’AELP s’inscrit dans la dynamique d’accroissement des échanges intra-africains sur le plan commercial (ZLECAF), des systèmes de paiement (PAPSS) promu par l’Afreximbank, et des capitaux. Cette idée novatrice vise à renforcer la participation du secteur de la finance aux progrès économiques du continent.
L'outil qui a rendu cela possible s'appelle l'AELP : African Exchanges Linkage Project. Initiative conjointe de l’Association des Bourses Africaines (ASEA) et de la Banque Africaine de Développement (BAD), il vise à établir une intégration des bourses africaines, afin de faciliter la négociation transfrontalière et le règlement-livraison des titres. L’AELP vise également à remédier au manque de liquidité, d’une part, à attirer les investisseurs internationaux, et d’autre part, à drainer l’épargne des investisseurs institutionnels et particuliers africains.
Il interconnecte sept des principales bourses africaines et couvre 90% de la capitalisation boursière continentale, soit 1 500 milliards de dollars. L'AELP tente de répondre ainsi, à un paradoxe qui dure depuis trois décennies , qui fait que l'Afrique compte 27 bourses de valeurs (davantage que l'Europe) pour un PIB six fois inférieur. La plupart sont trop petites pour générer de la liquidité, trop isolées pour attirer des institutionnels, trop fragmentées pour constituer une classe d'actifs cohérente.
« Sous ce rapport, l’AELP est une avancée notoire, qui permettra de faciliter les mouvements de capitaux avec la fluidité de tout ce qui est custudy (c’est-à-dire le fait de garder les titres) et règlements », estime Alioune Ndoye, Managing Partner de LTC Advisory.
Dans un contexte de mutualisation des efforts des pays africains pour accélérer le développement du continent, l’AELP s’inscrit dans la dynamique d’accroissement des échanges intra-africains sur le plan commercial (ZLECAF), des systèmes de paiement (PAPSS) promu par l’Afreximbank, et des capitaux. Cette idée novatrice vise à renforcer la participation du secteur de la finance aux progrès économiques du continent.
Vingt ans d'échecs avant le Link
L'idée d'interconnecter les bourses africaines n'est pas nouvelle. L'Association des Bourses Africaines (ASEA) la porte depuis 1993. Mais les tentatives antérieures ont buté sur les mêmes obstacles, dans le même ordre.
Le premier est monétaire en ce sens que la liberté de circulation des capitaux n'existe pas entre tous les pays africains. De plus, les restrictions de change rendent difficile le rapatriement des bénéfices pour un investisseur étranger. Le deuxième obstacle d’ordre réglementaire, réside dans le fait que chaque régulateur national a ses propres exigences de transparence et de gouvernance, incompatibles avec celles du voisin.
Enfin, le troisième qui lui est technologique, est lié au fait que les systèmes de cotation, de compensation et de dépôt n'avaient pas été conçus pour communiquer entre eux. Mais l'obstacle décisif était ailleurs. Il réside dans l'absence de volonté politique coordonnée pour financer et maintenir une infrastructure commune dans la durée.
L'AELP a contourné ces blocages grâce à trois facteurs simultanés. Un financement externe d'abord, car c’est la Banque africaine de développement qui a couvert les coûts de développement via le Fonds fiduciaire KOAFEC de la coopération Corée-Afrique.
Ensuite un opérateur technique unique , la société Direct FN Ltd, retenue après un appel d'offres international assure le dispositif. Et enfin, un porteur de projet inhabituel qui est le Dr Félix Edoh Kossi AMENOUNVE, DG de la BRVM et président de l'ASEA, qui a porté le projet pendant plus de cinq ans à partir de ses deux postes à la fois. Cette double casquette institutionnelle a été assurément un moteur décisif.
Comment le Link fonctionne
La mécanique de l'AELP repose sur un système de courtier-sponsor (sponsoring broker), intermédiaire entre le courtier de l'investisseur sur son marché d'origine et la bourse étrangère où le titre est coté.
Prenons un exemple concret. Un investisseur domicilié à Dakar veut acheter des actions MTN Nigeria cotées sur la Bourse de Lagos. Il passe l'ordre auprès de son courtier sénégalais, l'un des cinq courtiers BRVM connectés à l'AELP. Ce courtier transmet l'ordre via la plateforme AELP Link au courtier-sponsor désigné sur la NGX à Lagos. Ce dernier exécute l'ordre en naira. Les titres sont conservés dans le dépôt central nigérian au nom du courtier-sponsor, qui les détient pour le compte du courtier sénégalais, qui les détient pour le compte de l'investisseur final. Le règlement s'effectue en T+2 ou T+3 selon les standards du marché hôte.
Le système est élégant dans sa conception, mais il ne crée pas d'infrastructure commune de conservation des titres (chaque marché garde ses propres dépôts centraux). Il crée seulement le canal de routage des ordres entre les bourses existantes. C'est ce qui l'a rendu réalisable là où des tentatives plus ambitieuses avaient échoué.
« L'objectif, c'est d'enrôler toutes les bourses africaines. Certains courtiers comme FGI se sont engagés et font déjà du trading en ligne. Des clients ont acheté des actions Sonatel à travers la plateforme. » - Astou Diop-Sène, DG FGI Bourse, Dakar
Les sept bourses de la Phase 1
La Phase 1 réunit sept bourses sélectionnées pour leur représentativité géographique et économique. Ensemble, elles représentent plus de 90% de la capitalisation boursière africaine.
La BRVM, petite par la taille certes, mais centrale par le rôle
Dans l’écosystème, la BRVM occupe une position stratégique que sa taille seule ne justifie pas. Elle est la seule des sept bourses à représenter non pas un pays, mais huit. C'est une singularité qui lui donne un poids institutionnel disproportionné par rapport à sa capitalisation. Un investisseur ghanéen connecté via l'AELP peut, en théorie, accéder aux actions de Sonatel (Sénégal), d'ECOBANK Transnational (panafricaine), de Nestlé Côte d'Ivoire ou d'Onatel (Burkina Faso) depuis une seule interface. Cette dimension multinationale est un argument commercial considérable.
Par ailleurs, l’UEMOA est une zone économique à fort potentiel avec une croissance au-delà de la moyenne continentale, et un cadre macroéconomique et budgétaire rassurant. Ce sont des atouts certains pour la BRVM, qui tire également avantage de la double casquette de son DG : le fait que M. Félix'Amenounve préside aussi l'ASEA place la BRVM en position naturelle de leadership dans la gouvernance continue de la plateforme. La BRVM fait partie des quatre bourses connectées avec succès dès les premiers mois de la Phase 1, aux côtés de Casablanca, Le Caire et Lagos. Ce statut de pionnier lui confère un avantage d'apprentissage sur les deux bourses, qui ont eu du mal à finaliser leur intégration technique.
Par ailleurs, l’UEMOA est une zone économique à fort potentiel avec une croissance au-delà de la moyenne continentale, et un cadre macroéconomique et budgétaire rassurant. Ce sont des atouts certains pour la BRVM, qui tire également avantage de la double casquette de son DG : le fait que M. Félix'Amenounve préside aussi l'ASEA place la BRVM en position naturelle de leadership dans la gouvernance continue de la plateforme. La BRVM fait partie des quatre bourses connectées avec succès dès les premiers mois de la Phase 1, aux côtés de Casablanca, Le Caire et Lagos. Ce statut de pionnier lui confère un avantage d'apprentissage sur les deux bourses, qui ont eu du mal à finaliser leur intégration technique.
« La mise en service de l'AELP Link est une étape historique vers la réalisation de la mission de l'ASEA : engager les écosystèmes des marchés de capitaux africains afin de favoriser la mobilisation de ressources et renforcer l'inclusion financière au profit du développement économique de l'Afrique. » - Dr Félix Edoh Kossi Amédounvé, Président ASEA et DG BRVM, novembre 2022
Ce que l'AELP ne résout pas encore
Trois ans après son lancement, l'AELP est opérationnel. Mais son adoption reste limitée (et ses obstacles structurels sont nombreux).
Le risque de change : le frein numéro un
L'AELP facilite le routage des ordres. Mais il ne résout pas le problème fondamental du change entre monnaies africaines. « Il est vrai que cette intégration ne pourra pas se faire sans pour autant régler cette problématique », confirme Alioune Ndoye. Un investisseur de l'UEMOA qui achète une action nigériane doit, in fine, convertir ses FCFA en naira. Or, le naira a connu une dévaluation massive en passant de 460 NGN pour un dollarUSD en 2023 à plus de 1 500 NGN/1USD en 2024. Cela crée un risque de change considérable, sans qu’on ait des instruments de couverture disponibles. « C'est le principal frein à l'utilisation de l'AELP pour les investisseurs individuels et même institutionnels », si l’on en croit le spécialiste Alioune Ndoye.
Selon lui, l’intégration de produits dérivés pourrait permettre aux investisseurs de se couvrir contre le risque de change. « Je donne un exemple : en achetant des actions cotées au niveau du Nigeria Stock Exchange tout en prenant des produits dérivés permettant de « hedger » le taux de change entre le CFA et le Naira, in fine, on sera juste exposé à la volatilité du titre qu'on a décidé d'acquérir. » Or, ajoute-t-il, « dans l’état actuel des choses, l’investisseur est autant exposé à la volatilité du titre en question qu’à celle du change. »
L’un dans l’autre, « Nous avons vraiment tout à gagner à contracter une grande partie de notre endettement en monnaie locale », conclut M. Ndoye.
Selon lui, l’intégration de produits dérivés pourrait permettre aux investisseurs de se couvrir contre le risque de change. « Je donne un exemple : en achetant des actions cotées au niveau du Nigeria Stock Exchange tout en prenant des produits dérivés permettant de « hedger » le taux de change entre le CFA et le Naira, in fine, on sera juste exposé à la volatilité du titre qu'on a décidé d'acquérir. » Or, ajoute-t-il, « dans l’état actuel des choses, l’investisseur est autant exposé à la volatilité du titre en question qu’à celle du change. »
L’un dans l’autre, « Nous avons vraiment tout à gagner à contracter une grande partie de notre endettement en monnaie locale », conclut M. Ndoye.
La liquidité asymétrique
L'AELP interconnecte des marchés de taille très inégale (de la JSE avec 1 000 milliards de dollars à la SEM avec 10 milliards). En pratique, les flux risquent d'être fortement asymétriques. C’est dire que: les capitaux iront davantage vers Johannesburg, Lagos et Le Caire que vers Abidjan ou Nairobi. Pour la BRVM, l'AELP ouvre l'accès à des marchés plus grands, mais peut aussi exposer ses valeurs locales à une concurrence en attractivité.
La culture transfrontalière, encore absente
Peu d'investisseurs africains individuels ont la connaissance suffisante des marchés étrangers pour exploiter l'AELP de manière autonome. L'outil, il est vrai existe, mais la demande d'information pour l'utiliser reste insuffisante. La formation des courtiers connectés et l'éducation des investisseurs sont des chantiers de première importance pour que l'AELP dépasse le stade du pilote technique.
Lejecos Magazine Mai 2026
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