CARTE BRUNE CEDEAO : Le « tournant décisif » de Dakar

Vendredi 23 Octobre 2026

Quarante-quatre ans après sa création, la Carte Brune change de dimension. Réunie à Dakar du 20 au 22 octobre pour sa 42ᵉ Assemblée générale, la famille de l’assurance automobile ouest-africaine veut franchir une nouvelle étape : une gouvernance renforcée, une attestation numérique généralisée dès janvier 2027 et une indemnisation toujours plus rapide pour les victimes d’accidents survenus au-delà des frontières.


Onze pays. Une responsabilité commune. Une protection qui dépasse les frontières.

Depuis 1982, un conducteur qui franchit une frontière ouest-africaine sait qu’il n’est pas seul : s’il survient un accident, un dispositif régional est là pour protéger les victimes : le système Carte Brune CEDEAO, un certificat d'assurance automobile obligatoire qui garantit l'indemnisation rapide et équitable des victimes d'accidents de la circulation causés par des automobilistes non-résidents voyageant dans un autre pays de la CEDEAO.

Cette solidarité, bâtie sur la coopération entre bureaux nationaux, était au cœur de la 42ᵉ Assemblée générale du Conseil des Bureaux de la Carte Brune CEDEAO, qui a réuni à Dakar (Sénégal), du 20 au 22 octobre dernier, quelque 200 délégués des bureaux nationaux, des compagnies d’assurance et des autorités de régulation, sur le thème : la Carte Brune à « un tournant décisif », entre réforme institutionnelle, transformation numérique et quête d’excellence dans l’assurance automobile transfrontalière.

Amar Kébé s’appuie sur le legs des précurseurs

Accueillant ses invités à la cérémonie d’ouverture, El Hadj Amar Kébé, président du Bureau national sénégalais, a d’abord salué l’hospitalité dakaroise, puis rendu un hommage appuyé aux pionniers de l’assurance africaine : fondateurs, anciens présidents du Conseil, dirigeants de compagnies, experts. Beaucoup, a-t-il souligné, ont œuvré « parfois dans la discrétion totale » à une réalisation qui traverse les générations. Les honorer, a-t-il dit, « c’est préserver leur héritage, le moderniser et le transmettre plus fort ».

Ce legs, M. Kébé veut le faire fructifier et selon lui, les échanges commerciaux se développent, les corridors routiers gagnent en importance, les usagers attendent davantage de simplicité et de transparence. « Nous ne pouvons gérer les défis de demain avec les méthodes d’hier », a-t-il déclaré, avant de dessiner trois chantiers : la gouvernance : des responsabilités clarifiées et une meilleure coordination entre les organes du système et les bureaux nationaux ; le numérique : des attestations digitales harmonisées et des bureaux mieux interconnectés. Il a salué à ce sujet le travail considérable du secrétariat général permanent, qui permet de franchir « un écart très important » dans la digitalisation harmonisée ; la qualité de service : un accueil soigné, des sinistres gérés plus vite, une coopération renforcée entre bureaux.

Au nom du ministre sénégalais des Finances, Ange Constantin Mancabou a estimé que « la libre circulation prend tout son sens quand elle s’accompagne de garanties concrètes pour le transporteur, le commerçant ou la famille qui traverse une frontière ».

Sur le numérique, il s’est félicité que le Sénégal soit l’un des bureaux pilotes sur l’interopérabilité. Pour M. Mancabou, « Le « laboratoire numérique » prévu au programme doit illustrer concrètement la chaîne complète, de la délivrance du certificat à son contrôle aux frontières, puis de la gestion du sinistre au règlement entre bureaux », a-t-il encore déclaré.

A ce sujet, le secrétaire général permanent, Winfred Kwasi Dodzih, a pour sa part indiqué que la Carte Brune numérique devrait être généralisée dans l’espace communautaire à partir de janvier 2027, tandis que le président du Conseil des Bureaux, Habib Dia, a, lui, questionné le bon outillage des structures actuelles face aux exigences d’aujourd’hui, rappelant au passage que Dakar prolonge la dynamique de Monrovia, qui avait accueilli en novembre 2025 la 41ᵉ Assemblée, centrée sur le cadre juridique et l’accélération du numérique. 

En termes concrets en matière de chiffres, M. Kébé a quelque peu passé en revue le bilan du premier semestre 2026 : 1 592 sinistres déclarés, dont 352 dossiers réglés. Les paiements dépassent 1,6 milliard de FCFA. L’écart entre dossiers déclarés et dossiers payés est justement ce que la réforme veut réduire.

Il a également annoncé que le Sénégal s’apprête à assumer une responsabilité accrue à la tête du Conseil. A travers sa personne, Dakar s’apprête à assumer la présidence du Conseil des Bureaux. Le pays entend, selon M. Kébé, y inscrire son action sous le signe de la continuité, de la concertation et de la transformation. « Dakar est aujourd’hui votre maison », a-t-il conclu à l’adresse de ses hôtes.

Les repères de l’Etat sénégalais

Au programme de ces 42ème Assises du Conseil des Bureaux, figurent l’examen des rapports, l’adoption du plan d’action et du budget 2027, et le renouvellement de la présidence et de la vice-présidence du Conseil des Bureaux. L’Assemblée doit surtout adopter un « Plan d’action de Dakar » qui précisera, pour chaque axe, responsabilités, échéances et indicateurs de suivi. C’est sur ces indicateurs que se jugera l’Assemblée, bien plus que sur la qualité des discours.

Dans son adresse, le représentant du ministre sénégalais des Finances, Ange Constantin Mancabou, a demandé que les résolutions et la « Déclaration de Dakar » fixent des priorités réalistes, des responsabilités claires et un suivi cohérent avec le plan d’action 2027. Il a proposé trois repères pour mesurer les progrès : la réduction des délais de traitement, l’apurement des dossiers en instance et la régularité des remboursements entre bureaux. Il a plaidé pour des concertations bilatérales sur les dossiers en souffrance et pour une meilleure information des conducteurs sur leurs garanties. Il a aussi souhaité que Dakar dégage une vision commune du système à l’horizon 2030.

Transmettant les vœux de succès des autorités et salué le dynamisme de l’intégration régionale, M. Mancabou a rappelé que le président Bassirou Diomaye Faye assure depuis juillet 2026 la présidence en exercice de la CEDEAO, un contexte qui donne à la rencontre de Dakar une résonance particulière.

Dans l’esprit de cette rencontre, une frontière ne devrait jamais être un obstacle à la protection des victimes éventuelles de la route. Le dispositif régional du Système Carte Brune CEDEAO mis en place depuis 1982 pour accompagner la mobilité a justement pour ambition de faciliter la prise en charge des victimes d’accidents de la circulation impliquant des véhicules étrangers, dans les pays couverts par le système.
La coopération nécessaire justifie la rencontre de Dakar, pour que la libre circulation se construise, ensemble.
Malick NDAW
Actu-Economie

La rédaction

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