Maux de l’enseignement sénégalais : symptômes et solutions

Vendredi 12 Juillet 2019

S’il est l’objet d’un consensus que nos pays ne se développeront qu’avec des ressources humaines de qualité, conscientes des enjeux, et ceci matérialisé par une grande part du budget national destinée à l’éducation. Il est aussi une concordance que des réformes ou rectifications sont idoines à la mise à niveau du système d’enseignement scolaire et universitaire sénégalais qui va de mal en pie. En effet, l’enseignement insoutenable ? Est une question quotidienne : entre grèves pécuniaires des enseignants et des enseignés, le surnombre, les niveaux à la baisse invitant à une révision-rationalisation des programmes et de la durée sur tout le cursus avec une prise en compte de la culture locale et générale, mais des débouchés…


Maux de l’enseignement sénégalais : symptômes et solutions
Selon l’audit de l’état du système d’enseignement sénégalais, il ressort : une baisse de niveau, des effectifs pléthoriques, une charge de matières à rationaliser et adapter, un savoir vivre et éducation civique en perte de vitesse, une baisse de niveau des enseignants avec un système de recrutement politisé (surtout sous Wade avec le fameux quota sécuritaire)…d’où une perpétuation de la médiocrité par les élèves devenus maitres, des grèves pécuniaires et défaut d’inspection surtout en zone rurale d’où un laisser aller chez certains dénoncés par des villageois, entrée en vigueur tardive et subjective de l’avancement des enseignants selon des critères à revoir, avec la massification, environnement et salubrité délétères  des infrastructures scolaires surtout au niveau des toilettes publiques, rejet de l’enseignement public pour le privé malgré que leurs enseignants ont des formations similaires mettant l’accent sur un défaut de management et de sérieux d’où la récente prise en main de la France de l’école franco-sénégalaise avec exclusion d’enseignants fréquemment grévistes, non respect ou respect tardif des engagements de l’Etat lors des négociations, gourmandise des enseignants malgré une revalorisation des salaires sous Wade et des indemnités par la suite, programme et cursus à réviser car généralisation excessive et possibilité de gain de temps allant de 1 à 2 ans car comme disait le Pr Cheikh Anta Diop : «la jeunesse africaine doit être impatiente» (ce gain de temps pouvant être reversé notamment en classes préparatoires scientifiques pour l’université) d’où en perspective plus et mieux de spécialisation et de filières scientifiques, l’expérience ayant montré que la mémorisation des leçons a des retombées non durables mieux vaut une pédagogie didactique en culture générale par la lecture : un cahier de culture générale et locale pour lecture dirigée en classe et à domicile à la place d’un excès de mémorisation aveugle et sans lendemain (avec des prises d’exemple, travaux dirigés d’où un cahier ou livre de culture générale pour lecture ainsi beaucoup de leçons seront remplacées par des exercices pouvant être ludiques et aiguisant l’intelligence chez les plus jeunes), l’enseignement-remplissage de l’arabe ostentatoire en classe primaire remplacé par un enseignement de la morale et des pratiques religieuses selon les religions des apprenants et ici la mémorisation se justifiera car durable par révision pieuse des versets et préceptes tout au long de sa vie religieuse (christianisme ou islamique) et les cours de quartiers et à domicile prenant en charge l’enseignement de la langue arabe mais aussi arrivés aux niveaux supérieurs (collèges et lycées). A ces maux de notre système d’enseignement à remédier, il faudrait ajouter des innovations pour arriver à la performance voulue par  la généralisation des travaux à domicile dirigés par les tuteurs mais suivis et corrigés en classe visant notamment à équilibrer la proportion des littéraires par rapport aux scientifiques, le retour du cahier artistique fait de dessins, récitations, et chants pour détecter précocement les talents et vocation, l’institutionnalisation du sport et de la gymnastique hebdomadaire dés le primaire,  érection d’un corps d’enseignement dans l’armée comme c’est le cas du corps médical pour servir dans les zones enclavées comme le stipule la devise armée-nation

-au niveau du moyen, les collèges, là aussi un an pourrait être gagné à ajouter à l’année à gagner en primaire en assainissant les programmes trop généralistes et souvent sans lendemain, ainsi entre l’élémentaire et le moyen deux ans seraient gagnées à reverser pour certains en classe préparatoire post bac pour booster notamment les filières scientifiques et d’ingénierie au moment où on parle d’environ 75°/° de littéraires quant aux candidats au bac sénégalais. Aussi, au niveau du moyen-secondaire l’accent pourrait être mis davantage sur les travaux de recherche à corriger et exposer en classe car l’expérience a montré que ces exercices permettent une meilleure rétention de l’information et sont un moyen inégalable de se cultiver et de préparer le cursus universitaire. Dans ce registre de rationalisation des programmes et cursus, un camarade de classe me disait avoir connu des bacheliers français qui ne connaissaient pas des courants littéraires que nous étudions et issus de chez eux comme le parnassien, le naturalisme, le surréalisme…Donc nous autres, loin de vouloir les éradiquer mais l’information sur ces courants littéraires pourrait passer par une petite introduction de l’enseignant et des recherches d’approfondissement des élèves, méthode plus bénéfique et durable que le couper-coller suivi de  mémorisation aveugle qui est notre quotidien. Aussi, la mondialisation exige un bilinguisme institutionnalisé avec un suivi continu des langues vivantes enseignées dés le collège jusqu’à la fin du cursus universitaire.

-Dés le lycée selon les spécialisations ont peut débuter le parcours en tronc commun (dans de grandes salles) et cours de spécialisation (en nombre restreint ou travaux dirigés s’il le faut avec des assistants à l’enseignant principal). Cette dernière option ne sera pas pour creuser le déficit d’enseignants, au contraire, il s’agira d’une restructuration-rationalisation des effectifs et prestations pour une meilleure spécialisation, une correction des effectifs pléthoriques en lettres, sans négliger la culture générale par des séances de lecture, d’exposé, de travaux à domicile et dirigés en salle. Dans cette quête de réalisme, le programme fleuve au baccalauréat dans certaines matières comme l’histoire et la géographie devrait être revu par une nette distinction de la documentation à mettre à disposition dés le début d’année pour lecture et recherche par les élèves de la part de cours à mémoriser, ce trop plein servira de culture générale au lieu de finir aux poubelles par une mise à disposition en fin d’année du fait d’un arbitrage prioritaire quand on sait que les élèves composent au bac le plus souvent sur les premières parties des programmes.

-arrivé au niveau universitaire, à 18 ans au lieu de 20 ans avec les deux ans gagnés entre l’élémentaire et le collège, surtout ceux orientés dans des UFR scientifiques, para scientifiques ou d’ingénierie pourront faire deux ans de prépa (classes préparatoires) cette mesure aussi permettra de corriger le surplus de littéraires et permettra un équilibre entre scientifiques et littéraires. Aussi, du vécu universitaire sénégalais, il ressort à travers la plupart des cursus et niveaux d’étude un vide temporaire en enseignement qui n’est pas comblé par des recherches mais des grèves et autres villégiatures. De notre expérience à l’université Gaston berger de St Louis et à notre récent passage dans l’université de Bambey, on a pu constater que débutés à temps les enseignements peuvent être bouclés en six mois pour beaucoup de filières et niveaux d’où l’année est et doit être considérée pour ceux-ci comme semestrielle. En effet, aux Etats unis beaucoup d’offres d’enseignement universitaires sont semestrielles permettant soit une rotation des effectifs dans l’année ou une vitesse du parcours en faisant deux niveaux ou deux formations en une année. Cependant, pour nos pays avec des difficultés d’orientation, d’hébergement des masses en montée de puissance dans nos universités, une solution palliative pourrait être de tourner la majorité des effectifs surtout avec un système LMD promouvant la recherche, la mise à disposition d’enseignements sur des supports connectés et la pratique en stage ou volontariat en entreprises ou aux bénéfices des communautés d’où l’année pourrait être chez tous rentabilisée à travers notamment six mois de cours et trois mois de volontariat ou stage alliant ainsi l’enseignement à la pratique, un gain en performance. Ce remaniement par le temps est d’autant plus pertinent que comme cité plus haut le Pr Cheikh Anta Diop déclarait que la jeunesse africaine se doit d’être impatiente. Cette quête de performance ira aussi avec un contrôle et ou pointage des enseignants du supérieur qui souffrent d’un excès de liberté.

   En plus d’une certaine harmonisation du traitement des fonctionnaires, les enseignants réclament l’application des accords passés qui étaient pourtant qualifiés de réalistes et réalisables par le gouvernement (Saourou Séne, secrétaire général du SAEMSS, le syndicat majoritaire dans l’enseignement).Aussi, le quantum horaire de 900 heures annuel n’a jamais été atteint. Ainsi, selon l’ex ministre de l’éducation kalidou Diallo: « le syndicalisme enseignant dans l’espace francophone, plus particulièrement au Sénégal très divisé devrait s’inspirer du système anglophone très unitaire et pas gréviste ». Fait notable, l’Etat a opté pour prendre en charge un bon nombre de nouveaux bacheliers dans le privé, un sauvetage instable dont l’un des bénéficiaires, l’étudiant en licence2, Samba BA indexe les tares de la disposition et propose une kyrielle de mesures correctives : « Certains instituts préfèrent recruter des étudiants en licence3 ou en master qui viennent  dispenser des cours, y’en a qui n’ont pas un grand espace et les salles de classe ne répondent pas aux normes universitaires, l’Etat doit respecter les délais de versement des frais de scolarité à ces instituts privés afin qu’ils puissent s’acquitter de leurs charges : location, indemnités du personnel et des professeurs mais aussi se lier avec des établissements en mesure de faire face à la tension financière. Il faut également équilibrer le nombre d’étudiants orientés dans les instituts privés, assurer leur prise en charge médicale, ériger dans le privé des filières porteuses pour compenser le manque de personnel dans certains secteurs comme la santé, l’élevage et l’environnement, mais aussi promouvoir des filières agricoles et techniques dans les écoles privées ». Au niveau de l’université publique, après l'augmentation substantielle décriée des frais de scolarité même si compréhensible si elle se répercutait comme un plus pour les étudiants, mais aussi la révision des critères d'attribution des bourses…le malaise persiste. D’où s’interroge le journaliste de RFI, Le Guen : ‘’Mais de quoi souffre au juste l'enseignement supérieur au Sénégal?’’ Un autre, l’étudiant Lopy pointe du doigt une inégalité des chances. Cet état de fait débouche sur des incompétences couronnées avec notamment des doctorants qui n’ont pas le niveau de leur niveau.
 
       En somme, l’enseignement sénégalais est en perte de vitesse du fait de causes multiples qui s’enchainent. Malgré les réformes, la crise persiste hypothéquant l’avenir de la nation d’où la fédération nationale des parents d’élèves du Sénégal fait part de son impuissance à travers son secrétaire général Dame Seck. Aujourd’hui, s’il est vrai que des moyens supplémentaires sont nécessaires avec la massification et le modernisme, beaucoup de ces déconvenues pourraient  être solutionnées grâce à un management ingénieux : notamment par actionnement des facteurs temps, humain, contenu (les cours), contenant (les infrastructures) comme y invite du reste la récente sortie du secrétaire général du SAES : «nous faisons avec un déficit d’équipements, d’infrastructures, et de ressources humaines». Et pour ne pas laisser aggraver la situation par des grèves à tout bout de champ les ponctions sur salaires constituent un rappel à l’ordre à saluer. Aussi, l’éducation, l’enseignement étant du ressort de l’Etat, cel ci devrait faire en sorte que l’école, le Daara, les centres de métiers adaptent leurs prestations aux âges, compétences, exigences du moment et ou visés des enseignés et du pays, seul argument valable et distinctif, dans les politiques à la jeunesse.  La dimension technologie, une des courses déterminantes de notre époque pris en compte pour pouvoir arguer d’une compétitivité, d’une émergence. L’école, l’enseignement malgré tous ses déboires ne sont ils pas restés le maillon indispensable à ‘’l’assumation’’ par l’homme de sa responsabilité terrestre, à l’humanisme d’où sa bonne santé : trouver des solutions à ses symptômes est une priorité.
 
P B Moussa Kane, doctorant UGB en Aménagement-développement rural,
DEA sciences PO, responsable commission scientifique du mouvement
des étudiants panafricains de l’université de St Louis (MEPUS)
 
La rédaction
Contributions



1.Posté par dedo le 13/07/2019 22:38
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