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Une nouvelle grande coalition pour l’Allemagne – et pour l’Europe

Jeudi 30 Novembre 2017

Les amis de l’Allemagne et de l’Europe dans le monde ont été soulagés d’apprendre que les deux grands partis allemands, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et le Parti social-démocrate (SPD), envisagent finalement de discuter du renouvellement d’un gouvernement de grande coalition. Le monde a besoin d’une Allemagne forte et tournée vers l’avenir au sein d’une Union européenne dynamique, une conjoncture envisageable avec une nouvelle grande coalition allemande coopérant avec le gouvernement du président français Emmanuel Macron.


La décision prise initialement par le SPD de rejoindre les rangs de l’opposition à la suite de ses faibles résultats électoraux en septembre dernier était peut-être sincère et même justifiée d’un point de vue stratégique. Mais elle n’était pas opportune. La diplomatie est confrontée à des temps difficiles, à peu près partout.
Les États-Unis ont affaire à un président psychologiquement instable, à un cabinet de ploutocrates et une majorité républicaine au Congrès. L’Europe est aux prises avec de nombreuses crises économiques, sociales, politiques et institutionnelles. La Chine est au contraire dynamique et ouverte sur le monde, donnant de bonnes raisons à l’UE de prendre l’initiative et d’entamer des partenariats constructifs avec la Chine sur des projets clés (notamment des projets d’infrastructures durables en Eurasie).
En bref, il est grand temps que l’Allemagne et l’Europe formulent à leur tour une vision, qu’ils soient gage de stabilité et qu’ils jouent un rôle prépondérant dans les affaires mondiales. Cet impératif s’étend à la CDU de la chancelière Angela Merkel, à son parti frère, l’Union chrétienne-sociale (CSU) et au SPD.
Mais la CDU/CSU et le SPD doivent faire plus que simplement renouveler le précédent gouvernement qui avait trop un esprit de clocher. Le monde et l’Europe ont besoin d’une Allemagne tournée vers l’extérieur et qui offre davantage d’innovations institutionnelles et financières, de façon à ce que l’Europe puisse faire office de véritable contrepartie aux États-Unis et à la Chine dans les affaires mondiales. Je le dis en tant que personne qui croit fermement à l’engagement de l’Europe et à son rôle politique pionnier en matière de développement durable, l’exigence fondamentale de notre époque.
Une croissance économique qui est socialement inclusive et durable au plan de l’environnement est une idée très européenne, adoptée mondialement dans le cadre des 17 Objectifs de développement durable à l’horizon 2030, ainsi que dans l’Accord de Paris sur le climat. La longue expérience de l’Europe avec la social-démocratie et la démocratie chrétienne lui a permis de concevoir cette vision globale. Alors que son ordre du jour a aujourd’hui été adopté au niveau international, il est essentiel que l’Europe joue un rôle de premier plan pour le mettre en œuvre.
Un gouvernement de grande coalition en Allemagne devrait aider l’Europe à jouer ce rôle. Le président français Emmanuel Macron a avancé quelques idées importantes pour l’Europe : un ministre des Finances européen, des euro-obligations pour financer un nouveau programme d’investissement européen, encourager davantage l’innovation, l’instauration d’une taxe sur les transactions financières pour financer l’aide au développement à l’Afrique, qui revêt un intérêt stratégique pour l’Europe, et une harmonisation plus générale de la fiscalité européenne, avant que les États-Unis ne provoquent une course mondiale vers le bas pour ce qui est de l’imposition des riches et des entreprises.
Contrairement à ce que pensent les Allemands opposés à ces idées, un ministre européen des Finances et les euro-obligations ne signifient pas nécessairement une prodigalité budgétaire, et devraient plutôt se traduire par une relance de la croissance verte tirée par les investissements. La Chine a lancé l’initiative « La Ceinture et la Route » pour construire des infrastructures durables reliant l’Asie du Sud-Est et l’Europe, via l’Asie centrale. L’Europe doit à son tour avoir une vision tout aussi audacieuse et créer des partenariats avec la Chine pour rénover les infrastructures de l’Eurasie et permettre un avenir faible en carbone.
Si l’Europe tire son épingle du jeu, son expertise scientifique et technique (et celle de la Chine) ne pourront que se développer. A défaut, nous conduirons tous prochainement des voitures électriques chinoises propulsées par l’énergie de cellules photovoltaïques chinoises, tandis que l’industrie automobile allemande appartiendra à l’histoire.
De plus, un ministre des Finances européen mettrait enfin un terme à la torture que l’Europe s’est infligée elle-même dans le sillage de la crise financière de 2008. Aussi difficile à croire que cela puisse être, la crise grecque se poursuit à ce jour, à une échelle comparable à celle de la Grande Dépression, dix ans après avoir éclaté.
Cette situation est due au fait que l’UE a été incapable, et l’Allemagne réticente, à corriger de manière équitable et prospective les déséquilibres financiers (de manière analogue à l’Accord de Londres de 1953 sur les dettes extérieures allemandes, comme les amis de l’Allemagne n’ont pas manqué de le lui rappeler). Si l’Allemagne n’est pas disposée à aller de l’avant avec ces propositions, l’Europe dans son ensemble sera confrontée à une crise prolongée avec de graves répercussions sociales, économiques et politiques.
Dans trois semaines, Macron accueillera les chefs d’État et de gouvernement à Paris pour le deuxième anniversaire de l’Accord sur le climat. On peut tirer son chapeau à la France à cet égard, mais à l’Allemagne également : durant la présidence allemande du G20, Merkel a fermement maintenu 19 pays sur 20 sur la voie de l’Accord de Paris, malgré la tentative indigne de Trump de le faire dérailler.
En effet, la corruption de la politique américaine (et en particulier le financement des campagnes électorales par l’industrie pétrolière) a menacé le consensus mondial sur le changement climatique. Mais l’Allemagne a tenu bon. La nouvelle coalition doit également s’assurer que les objectifs de la transition énergétique (Energiewende) fixés pour 2020 par les précédents gouvernements soient atteints. Ces engagements importants et réalisables ne doivent pas faire l’objet de négociations lors des discussions en vue d’un gouvernement de coalition.
Une alliance CDU/CSU-SPD, coopérant avec la France et le reste de l’Europe, peut et doit faire plus à propos du changement climatique. L’Europe doit surtout adopter un plan énergétique détaillé pour une économie entièrement décarbonisée à l’horizon 2050, avec notamment un réseau électrique zéro carbone pour l’ensemble du continent, alimenté par les énergies solaire et éolienne, non seulement du sud de l’Europe, mais également de l’Afrique du Nord et de l’Est de la Méditerranée. A nouveau, les euro-obligations, un partenariat vert avec la Chine et une unité européenne peuvent faire toute la différence.
Une telle alliance permettrait également d’élaborer une nouvelle politique extérieure européenne, qui promeut la paix et le développement durable, sous-tendue par des dispositifs de sécurité qui ne dépendent pas autant des États-Unis. L’Europe, un aimant pour des centaines de millions de migrants économiques potentiels, peut et doit reprendre le contrôle de ses frontières, lui permettant d’appliquer des limites nécessaires à l’afflux des immigrés.
Les modalités politiques d’un nouveau gouvernement de grande coalition semblent assez claires : les ministères économiques et financiers devraient revenir au SPD, et la chancellerie au CDU/CSU. Il s’agirait ainsi d’une véritable coalition, pas d’une coalition qui signifie la fin du SPD au plan politique ou qui lui dénie toute possibilité de défendre un programme de développement réellement écologique, inclusif et durable pour l’ensemble de l’Europe.
Avec Merkel et Martin Schulz aux commandes, le gouvernement allemand sera dirigé par deux personnes compétentes et responsables. Les amis et admirateurs de l’Allemagne, et tous les partisans d’un développement durable mondial, espèrent une telle issue aux négociations en cours.
Jeffrey D. Sachs, professeur de développement durable et professeur en politique et gestion de la santé de l’université Columbia, est le directeur du  Centre de développement durable de Columbia. Il est également directeur du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations unies.
 
La rédaction
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