C’était censé être le triomphe de la transparence. Le Sénégal vient d’obtenir un score de 89 sur 100 à sa validation ITIE 2023, mention « Très bon ». En parallèle, ses champs pétroliers de Sangomar (pétrole) et de Grand Tortue Ahmeyim (gaz naturel liquéfié) sont entrés en production commerciale. Les caisses de l’État devraient se remplir à vue d’œil. Pourtant, le rapport ITIE du premier semestre 2025, rendu public, dessine le portrait d’un secteur extractif où la rente est canalisée, et où la redevabilité peine à sortir du terrain… boueux.
Lu attentivement, le rapport raconte une autre histoire. Une histoire que ses propres tableaux contredisent parfois.
Commençons par le plus simple. Dans le tableau phare du rapport (celui que consultent parlementaires, investisseurs et citoyens), la dernière ligne (Tableau 1 « Total des revenus du secteur extractif ») affiche côte à côte : une variation de +66,44 milliards de FCFA entre le premier semestre 2024 et le premier semestre 2025, et un pourcentage de –58,66 %. L’erreur est d’école : le calcul correct donne +28,1 %.
Ce signe négatif et cet ordre de grandeur incohérent ont pourtant survécu à la relecture de l’Administrateur Indépendant, du Secrétariat Technique et du Comité National ITIE. Quand le document de référence de la transparence commet une telle faute dans son tableau central, on comprend que le contrôle qualité est aussi poreux que les données qu’il prétend certifier.
Lu attentivement, le rapport raconte une autre histoire. Une histoire que ses propres tableaux contredisent parfois.
Commençons par le plus simple. Dans le tableau phare du rapport (celui que consultent parlementaires, investisseurs et citoyens), la dernière ligne (Tableau 1 « Total des revenus du secteur extractif ») affiche côte à côte : une variation de +66,44 milliards de FCFA entre le premier semestre 2024 et le premier semestre 2025, et un pourcentage de –58,66 %. L’erreur est d’école : le calcul correct donne +28,1 %.
Ce signe négatif et cet ordre de grandeur incohérent ont pourtant survécu à la relecture de l’Administrateur Indépendant, du Secrétariat Technique et du Comité National ITIE. Quand le document de référence de la transparence commet une telle faute dans son tableau central, on comprend que le contrôle qualité est aussi poreux que les données qu’il prétend certifier.
37,5 milliards qui sortent de nulle part
Le chiffre saute aux yeux dès le sommaire exécutif: 37,5 milliards de FCFA de « revenus issus de la commercialisation de la part de production de l’État ». Un an plus tôt, au premier semestre 2024, cette ligne était à zéro. Le rapport présente cette apparition comme la conséquence naturelle de la montée en puissance de Sangomar et de GTA. Sauf que, quelques pages plus loin, il reconnaît implicitement que la part de production de l’État n’avait pas été « entièrement retracée dans les déclarations administratives et rapports d’exécution budgétaire disponibles » en 2024.
Autrement dit, le bond de +65,9 % des recettes pétrolières n’est pas seulement dû à une production accrue. Il est aussi le fruit d’un rattrapage comptable. Le rapport corrige un trou noir de l’année précédente, mais présente cette correction comme une performance. « C’est un peu comme si on vous félicitait d’avoir retrouvé votre portefeuille qu’on vous avait volé l’année d’avant », résume un spécialiste des industries extractives.
Pire : entre la déclaration de PETROSEN (37,5 milliards) et celle de la Direction générale de la comptabilité publique et du Trésor (35 milliards), il manque 2,5 milliards de FCFA. L’explication officielle ? Des cargaisons « expédiées en juin mais encaissées en juillet ». Une justification qui ne tient pas la route comptable : une cargaison expédiée dans un semestre devrait y être comptabilisée, même si le paiement est postérieur. L’écart représente près de 7 % des recettes pétrolières de l’État sur la période. Il est passé sous silence dans le sommaire exécutif.
Autrement dit, le bond de +65,9 % des recettes pétrolières n’est pas seulement dû à une production accrue. Il est aussi le fruit d’un rattrapage comptable. Le rapport corrige un trou noir de l’année précédente, mais présente cette correction comme une performance. « C’est un peu comme si on vous félicitait d’avoir retrouvé votre portefeuille qu’on vous avait volé l’année d’avant », résume un spécialiste des industries extractives.
Pire : entre la déclaration de PETROSEN (37,5 milliards) et celle de la Direction générale de la comptabilité publique et du Trésor (35 milliards), il manque 2,5 milliards de FCFA. L’explication officielle ? Des cargaisons « expédiées en juin mais encaissées en juillet ». Une justification qui ne tient pas la route comptable : une cargaison expédiée dans un semestre devrait y être comptabilisée, même si le paiement est postérieur. L’écart représente près de 7 % des recettes pétrolières de l’État sur la période. Il est passé sous silence dans le sommaire exécutif.
« Assurance raisonnable »: le maquillage des chiffres
L’Administrateur Indépendant du rapport conclut à une « assurance raisonnable » sur les données. C’est pourtant le seul à le penser. Le rapport lui-même révèle que 91,68 % des paiements déclarés par les entreprises et 100 % des recettes des régies financières (DGID, Douanes, Trésor) sont classés au niveau d’assurance « faible ». Aucune régie financière n’a fait signer son formulaire par un responsable habilité, contrairement à la procédure édictée par le Comité National ITIE.
Seules dix entreprises sur trente-deux ont signé ou certifié leurs déclarations. Une société minière, BOYA S.A., n’a tout simplement pas répondu : 324 millions de FCFA de paiements sont passés sous silence, sans conséquence apparente.
« L’écart de réconciliation est de 0,45 %, c’est vrai », note un analyste. Mais si vous rapprochez des montants mal attestés, « vous obtenez un rapprochement de montants mal attestés. La précision arithmétique ne vaut pas fiabilité procédurale », ajoute-t-il.
Seules dix entreprises sur trente-deux ont signé ou certifié leurs déclarations. Une société minière, BOYA S.A., n’a tout simplement pas répondu : 324 millions de FCFA de paiements sont passés sous silence, sans conséquence apparente.
« L’écart de réconciliation est de 0,45 %, c’est vrai », note un analyste. Mais si vous rapprochez des montants mal attestés, « vous obtenez un rapprochement de montants mal attestés. La précision arithmétique ne vaut pas fiabilité procédurale », ajoute-t-il.
Contrats introuvables depuis quatre ans
Alors que le Sénégal bascule dans l’exploitation pétrolière, ses citoyens n’ont toujours pas accès aux textes qui régissent cette manne. Le rapport renvoie pour les contrats pétroliers au rapport ITIE 2024, qui lui-même renvoie à une liste publiée en… décembre 2022. Rien de nouveau n’a été publié depuis près de quatre ans. À l’heure où les premiers barils de Sangomar et les premières cargaisons de GNL de GTA partent vers la Chine, les Pays-Bas ou l’Italie, les termes exacts des contrats de partage de production restent des documents confidentiels.
Cette opacité est d’autant plus gênante que les mécanismes de captation de la rente sont complexes. Ce que l’on sait, pour Sangomar, les opérateurs récupèrent jusqu’à 75 % de la production au titre des coûts pétroliers (Cost Oil) avant tout partage. L’État ne touche que 20 % du Profit Oil dans la tranche actuelle de production, soit au final 5 % de la production totale. Une fois les coûts offshore déduits, la part sénégalaise apparaît bien moins flatteuse que les discours officiels ne le suggèrent.
Sur les 18 million de barils produits au premier semestre 2025, seuls 4,5 millions constituent le Profit Oil (la rente proprement dite). Et celle-ci est partagée à 80 % pour les contractants privés, 20 % pour l’État. Au final, l’État ne perçoit que 5 % de la valeur totale en nature. Ajoutez les impôts (IS, TVA, retenues), et l’État capte environ 10 % du gâteau sur la période. Le reste (75 % de Cost Oil et 20 % de Profit Oil privé) part dans les mains du consortium.
Dans ce Profit Oil, la société nationale PETROSEN détient 18 %. Mais ses flux n’ont commencé à être « effectivement encaissés » qu’à partir de février 2025, en raison de « contraintes opérationnelles liées à l’ouverture de comptes en devises ». Pour une société nationale à 99 % publique, six mois après le début de la production commerciale, ce retard administratif relève de l’incompréhension. Et les états financiers 2025 de PETROSEN sont « non disponibles » à la date du rapport.
Cette opacité est d’autant plus gênante que les mécanismes de captation de la rente sont complexes. Ce que l’on sait, pour Sangomar, les opérateurs récupèrent jusqu’à 75 % de la production au titre des coûts pétroliers (Cost Oil) avant tout partage. L’État ne touche que 20 % du Profit Oil dans la tranche actuelle de production, soit au final 5 % de la production totale. Une fois les coûts offshore déduits, la part sénégalaise apparaît bien moins flatteuse que les discours officiels ne le suggèrent.
Sur les 18 million de barils produits au premier semestre 2025, seuls 4,5 millions constituent le Profit Oil (la rente proprement dite). Et celle-ci est partagée à 80 % pour les contractants privés, 20 % pour l’État. Au final, l’État ne perçoit que 5 % de la valeur totale en nature. Ajoutez les impôts (IS, TVA, retenues), et l’État capte environ 10 % du gâteau sur la période. Le reste (75 % de Cost Oil et 20 % de Profit Oil privé) part dans les mains du consortium.
Dans ce Profit Oil, la société nationale PETROSEN détient 18 %. Mais ses flux n’ont commencé à être « effectivement encaissés » qu’à partir de février 2025, en raison de « contraintes opérationnelles liées à l’ouverture de comptes en devises ». Pour une société nationale à 99 % publique, six mois après le début de la production commerciale, ce retard administratif relève de l’incompréhension. Et les états financiers 2025 de PETROSEN sont « non disponibles » à la date du rapport.
Gaz, dettes et comptes en devises
Du côté du projet GTA, la transparence n’est pas meilleure. Les données sont éclatées entre des volumes en mètres cubes (DGH), des unités en MMBtu (PETROSEN, Kosmos) et des montants en dollars. Le rapport ne fournit aucun détail chiffré sur les coûts pétroliers récupérés (Cost Gas), pourtant essentiels pour vérifier que le partage 75/25 respecte bien les intérêts de l’État.
Dans le même temps, PETROSEN traîne une créance de 3,7 millions de dollars (environ 2 milliards de FCFA) sur la société FORTESA, héritée de l’incident du puits Sadiaratou-2 en décembre 2020. Cinq ans plus tard, la dette n’est toujours pas soldée.
Dans le même temps, PETROSEN traîne une créance de 3,7 millions de dollars (environ 2 milliards de FCFA) sur la société FORTESA, héritée de l’incident du puits Sadiaratou-2 en décembre 2020. Cinq ans plus tard, la dette n’est toujours pas soldée.
L’environnement, variable d’ajustement
Si le pétrole monte en puissance, les paiements environnementaux, eux, s’effondrent. Ils passent de 0,97 milliard de FCFA au S1 2024 à 0,10 milliard au S1 2025, soit une chute de 90,16 %. Le sommaire exécutif ne consacre pas une seule ligne d’explication à cet effondrement. Pourtant, c’est précisément à la période du démarrage de Sangomar et de GTA (deux projets offshore majeurs) que l’on aurait attendu une hausse, ou du moins un maintien, des contributions environnementales. Silence radio.
Le Sénégal vend du pétrole, pas encore de la transparence
Au final, le premier semestre 2025 confirme une évidence : le Sénégal est désormais un pays pétrolier et gazier. Les chiffres sont là : 18 millions de barils produits, des cargaisons de GNL expédiées vers l’Asie et l’Europe, des recettes budgétaires en hausse de 30 %. Mais la transparence qui devait accompagner cette transition peine à suivre. Entre déclarations non signées, contrats non publiés, écarts inexpliqués entre PETROSEN et le Trésor, et une assurance qualité qui rassure tout le monde sauf ceux qui lisent les tableaux en annexe, le rapport ITIE ressemble davantage à un constat d’huissier qu’à un outil de redevabilité citoyenne.
Le Sénégal a le pétrole. Il lui manque encore la clef des comptes.
Malick NDAW
Le Sénégal a le pétrole. Il lui manque encore la clef des comptes.
Malick NDAW

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