AMINATA SOW, Déléguée générale à la DGPSN : Le Sénégal est un modèle en matière de développement de programmes de filets sociaux en Afrique

Lundi 19 Juin 2023

Le Programme national de bourses de sécurité familiale (Pnbsf) a impacté positivement les ménages vulnérables. L’affirmation est de Mme Aminata Sow, Déléguée à la protection sociale et à la solidarité nationale (Dgpsn). Dans cet entretien au Journal de l’économie sénégalaise (Lejecos), Mme Sow fait le bilan de cet important outil initié par le président de la République. Elle évoque également les différents projets et initiatives mis en œuvre par sa structure.
Diplômée en comptabilité et finances de l’Université de Paris Dauphine-Paris 1 Panthéon et de l’Institut supérieur de management de Dakar, où elle a eu respectivement un Mba International et un Master en ingénierie financière. Aminata Sow est aussi titulaire d’un Diplôme supérieur de comptabilité (Dsc). Elle a débuté sa carrière professionnelle dans le secteur privé au milieu des années 1990.


AMINATA SOW, Déléguée générale Délégation Générale à la Protection Sociale et à la Solidarité Nationale
AMINATA SOW, Déléguée générale Délégation Générale à la Protection Sociale et à la Solidarité Nationale
Madame la Déléguée générale, quel est le cadre institutionnel et organisationnel de la Délégation Générale à la Protection Sociale et la Solidarité Nationale ? Quelles ont été les principales raisons de sa mise en place ?

La Délégation générale à la Protection sociale et la Solidarité nationale (DGPSN) a vu le jour en 2012, sous le magistère du Président Macky Sall. Ses missions sont fixées par décret 2012-113 du 16 novembre 2012. La DGPSN coordonne l’ensemble des interventions en matière de Protection sociale et de Solidarité nationale au Sénégal. A cet effet, elle est chargée non seulement de l’impulsion et du développement de la Protection sociale, mais aussi de la mise en place d’un instrument commun de ciblage à savoir le Registre national unique (RNU).

Dans le cadre de ses missions, la DGPSN a élaboré une Stratégie nationale de Protection sociale (SNPS) dont la vision est : « d’ici à 2035, disposer d’un Système national de Protection sociale inclusif, accessible à tous, solidement ancré dans la culture nationale et garanti par l’Etat à travers des Lois ». En cohérence avec les orientations du Plan Sénégal Emergent, la SNPS a pour objectif de « construire un système de Protection sociale accessible à tous les Sénégalais, fournissant à chacun un revenu minimum garanti, une couverture maladie à tous, mais aussi un filet de sécurité global permettant de construire la résilience des personnes face aux chocs et crises ».

A sa création, la Délégation générale avait son ancrage à la Présidence de la République avant d’être sous tutelle du Ministère du Développement communautaire, de la Solidarité nationale et de l’Equité sociale et territoriale.
 
L’insécurité alimentaire, la récente pandémie à Covid-19 et l’inflation généralisée ont porté un coup dur à la capacité de résilience des ménages. Quelles ont été les stratégies de réponses apportées en termes d’actions d’intervention auprès des ménages et des populations de façon générale ?
 
Sur cette question, je serais à l’aise pour répondre. A l’instar des pays développés, le Sénégal a pris des dispositions pour accompagner les populations à faire face à la pandémie à COVID-19 et à l’inflation généralisée.

En 2020, le Gouvernement a effectué une large distribution de vivres aux 580 000 ménages pauvres ou en situation de vulnérabilité inscrits dans le Registre national unique (RNU) sur l’étendue du territoire national. Face à l’ampleur de la crise, le Président de la République a demandé son extension à 1 million de ménages.

Toujours dans le cadre de la résilience des ménages pauvres, le Gouvernement a lancé en 2022, l’opération de cash transfert exceptionnel.
Ce programme est une assistance, sous forme de transferts monétaires d’urgence. L’objectif était de soulager les ménages les plus pauvres impactés par la Covid-19 et la hausse généralisée des prix des denrées depuis la crise russo-ukrainienne.
Les 542 000 ménages pauvres et vulnérables enregistrés dans le RNU ont ainsi bénéficié de cet appui de l’Etat, grâce au financement additionnel de la Banque Mondiale, à hauteur de 43 milliards de FCFA. Chaque bénéficiaire a reçu 80 000 FCFA. Le Président de la République, a procédé au lancement officiel, le 10 mai 2022 au Grand Théâtre de Dakar.
 
Il ne faut pas oublier qu’à côté de cette crise sanitaire, il y a les effets des changements climatiques qui ont sévèrement affecté le capital économique des ménages et accentué leurs besoins, notamment chez les plus pauvres et les plus vulnérables.  Raison pour laquelle, la Délégation générale à la Protection sociale et à la Solidarité nationale a mis en œuvre le Programme de la résilience agricole à travers le Projet d'appui aux filets sociaux.

Cet important programme est conçu en 2018 en partenariat avec le Ministère de l'Agriculture et de l’Équipement Rural (MAER). L’objectif est d’utiliser les outils et les systèmes de la protection sociale adaptative pour améliorer l’accès aux intrants pour les petits producteurs agricoles figurant dans le RNU, afin d’accroître leur capacité de résilience face aux aléas des conditions de production. Ainsi, un projet pilote exploratoire a été mené en 2019. Des séances de sensibilisation, de coaching et de suivi de la production ont été offertes à près de 4 000 ménages agricoles du RNU dans 6 communes des régions de Kaolack et Kaffrine.

Une 2ème phase dudit projet pilote avait prévu d’amplifier et de renforcer le programme pour accroître la résilience des petits agriculteurs face aux chocs climatiques à partir 2020. Mais face à la situation sanitaire et les mesures d’état d’urgence qui s’en sont suivies, la mise en œuvre de la 2ème phase ne sera effective qu’en 2021. Au total 10 498 ménages ont été sélectionnés à partir du RNU avec l’intervention des comités de ciblage dans les régions de Kaolack (3114 ménages), Kaffrine (2860 ménages), Kolda (3041 ménages) et Sédhiou (1483 ménages). Le montant global de la 2ème phase du pilote s’élève à 2 099 800 000 FCFA. Chaque ménage bénéficiaire a reçu 200 000 Fcfa.
 

L’accès à la protection sociale et au travail décent est un des marqueurs de la politique du président Macky Sall. Pouvez-vous, nous faire un bilan des réalisations de la Délégation Générale à la Protection Sociale et la Solidarité Nationale ?

Comme vous l’aviez si bien dit dans votre question, la protection sociale est l’un des marqueurs de la politique sociale du Président de la République. La protection sociale est inscrite sur la liste des priorités du PSE en son axe 2, « capital humain, Protection sociale et Développement durable ».

De 2013 à 2023, rien que dans Programme national de Bourses de Sécurité familiale (PNBSF), trois cent dix-huit milliards sept cent cinquante millions (318 750 000 000) Fcfa de ressources propres de l’Etat ont été consacrées au programme en sus de l’appui financier de la Banque mondiale dont le volume est évalué à plusieurs dizaines de milliards. Près d’une décennie de mise en œuvre, le bilan du PNBSF demeure très positif au regard de ses objectifs initiaux. Le nombre de ménages bénéficiaires a considérablement augmenté avec un effectif total de trois cent seize mille neuf cent quatre et un (316 941) composés de 291 374 ménages du RNU, 25 507 titulaires de Cartes d’Egalité de Chance et 60 ménages des enfants dans la rue.

Ce programme ambitieux est l’une des initiatives de filets sociaux les plus éprouvées en Afrique de par son étendu et son volume de financement. Le PNBSF contribue à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale des ménages pauvres par des transferts monétaires conditionnés. Il s’agit, entre autres, de l’inscription et du maintien des enfants à l’école, de la  vaccination des enfants 0-5 ans du ménage, de l’enregistrement des membres du ménage à l’état civil et de la présence des bénéficiaires aux séances de sensibilisation pour le changement de comportement.

En d’autres termes, le PNBSF constitue non seulement un levier puissant d’interruption de la transmission intergénérationnelle de la pauvreté par le renforcement du capital humain des ménages bénéficiaires, mais également du sentiment d’appartenance à une Nation soucieuse de la jouissance des droits fondamentaux de tous les segments de la société sans discrimination.
Ce programme a fortement soutenu l’amélioration des conditions de vie des populations pauvres en leur permettant de disposer de revenus minimums, conformément à la recommandation 202 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur les socles de protection sociale à laquelle le Sénégal a adhéré.

Grâce au PNSBF, les populations ont adopté un changement de comportement et développé le sentiment d’estime de soi qui constituent des garanties importantes pour leur inclusion sociale et leur autonomisation économique.   
En somme, le Programme national de Bourses de Sécurité familiale a eu des impacts significatifs sur la pauvreté réduisant le creuset abyssal des inégalités sociales. Ce qui lui a valu au Sénégal un modèle en matière de développement de programmes de filets sociaux en Afrique.
Par ailleurs, je voudrais préciser que le PNBSF cible les ménages vivant dans l’extrême pauvreté dans le but de rompre la transmission intergénérationnelle de ce phénomène qui ne saurait être une fatalité pour ces ménages.

Raison pour laquelle, je tiens à rappeler qu’à côté de la bourse, le Gouvernement a mis en place un dispositif d’accompagnement des bénéficiaires pour une autonomisation économique. Ainsi, une composante de protection sociale adaptative a été intégrée dans le programme sous le vocable « Projet Yokk Koom Koom ».

Ce projet, financé par la Banque mondiale dans le cadre du Projet d’Appui aux Filets sociaux, est d’une très grande importance. Il travaille pour l’amélioration des conditions de vie des ménages du PNBSF en mettant l’accent sur l’autonomisation économique des ménages pauvres et vulnérables à travers l’augmentation de leurs capacités productives.

Nous l’avons expérimenté en 2019 dans les régions de Dakar, Saint-Louis, Thiès et Kaolack. Les résultats de la phase pilote qui avait enrôlé 15 000 ménages ont été satisfaisants. Chaque ménage bénéficiaire a reçu cent cinquante mille (150 000) F CFA en plus d’une formation, entre autres, en GERME.
 
Comment les cibles de la Délégation Générale à la Protection Sociale et la Solidarité Nationale sont-elles choisies ? On reproche souvent aux Fonds publics le problème de la mise à l’échelle et de ne pas agir suffisamment sur le vécu et les conditions socio-économiques des bénéficiaires. Que répondez-vous à ceux-là ?
 
Permettez-moi de rappeler que la question du ciblage a été une préoccupation majeure des programmes sociaux. Depuis 2016, la Délégation générale à la Protection sociale et à la Solidarité nationale (DGPSN) a mis en place le Registre national unique (RNU) qui est une base de données de référence des ménages pauvres du Sénégal. Les bénéficiaires des projets de la DGPSN sont tirés du RNU qui est récemment institutionnalisé pour en faire l’unique instrument de ciblage des potentiels bénéficiaires de programmes sociaux. 
Par ailleurs, je me dois de préciser que le passage à l’échelle des projets constitue aujourd’hui une réalité dans les initiatives de la DGPSN. Ceci répond à l’esprit de la politique d’équité sociale et territoriale de Son Excellence, Macky SALL, Président de la République. L’extension des projets et programmes sociaux est un impératif pour la DGPSN. A ce titre, il me plait de donner l’exemple du Projet Yokku Koom Koom dont l’empreinte sur les conditions de vie des bénéficiaires est appréciée par les communautés, ce qui a prévalu à sa mise à l’échelle dans l’ensemble des communes du Sénégal pour donner la chance aux populations éligibles d’accéder aux opportunités d’emplois et de revenus.  
 
Le président Macky Sall a décrété l’année 2023 année du social et a porté à 35000 FCFA le montant des allocations du Programme national de bourses de sécurité familiale. Comment ce programme impacte les indicateurs de développement ?
 
En décrétant 2023 une année sociale, le Chef de l’Etat, Son Excellence Macky SALL, réitère sa ferme volonté et son engagement en faveur des populations pauvres et/ou vulnérables. Ainsi, de par son humanisme, le Président de la République a relevé le montant de la bourse de 25 000 FCFA à 35 000 FCFA pour permettre aux bénéficiaires du Programme national de Bourses de Sécurité familiale (PNBSF) de renforcer leur résilience face aux effets pervers de la crise économique dont le caractère inflationniste grève leurs dépenses de consommation.

Cependant, le PNBSF demeure une initiative importante pour le renforcement du capital humain des ménages bénéficiaires. Son impact sur les indicateurs de développement n’est plus à démontrer. Le programme a contribué fortement à la réduction de l’extrême pauvreté et amélioré le taux de scolarisation des enfants des ménages bénéficiaires.

Il a également permis aux populations pauvres de développer des activités génératrices de revenus et, par conséquent de participer à la constitution du Produit intérieur brut (PIB) par la création de richesses.

Grâce au programme, des populations jadis, exclues du système de protection sociale ont accès aux soins de santé à travers la Couverture Maladie universelle.
  
 
Madame la Déléguée générale, quels sont les projets et chantiers en cours de la Délégation Générale à la Protection Sociale et la Solidarité Nationale ?
 
Outre, la mise à l’échelle du Projet Yokku Koom Koom et l’élargissement de l’assiette du Programme national de Bourses de Sécurité sociale (PNBSF), les principaux chantiers de la DGPSN sont entre autres :
  • l’extension du Registre national unique (RNU) à un million (1 000 000) ménages pour couvrir l’ensemble des ménages pauvres du Sénégal mais également ceux vulnérables exposés aux chocs récurrents (inondations, sécheresses….) ;
  • la finalisation de la Loi d’Orientation de la Protection sociale (LOPS) pour offrir au secteur un cadre normatif qui a jusque-là fait défaut pour définir le périmètre de la protection sociale, les rôles et responsabilités des acteurs et son cadre de financement ;
  • la diversification des filets sociaux par le renforcement du portefeuille de projets et programmes pour mieux prendre en charge des besoins différenciés des populations vivant dans la pauvreté. Cette approche permettra à la DGPSN de développer des initiatives pour renforcer l’autonomisation économique de ces groupes mais aussi de leur offrir un cadre de vie décent à travers le projet d’habitat rural qui est en processus de maturation avec l’appui technique de la Direction générale de la Planification et des Politiques économiques (DGPPE). 
Par ailleurs, la DGPSN ambitionne de contribuer à la politique d’extension de la protection sociale du Gouvernement. A cet effet, des projets pilotes sur l’universalité des allocations familiales et le minimum vieillesse seront mise en œuvre dans des zones rurales. Ces initiatives permettraient à la DGPSN d’assurer des revenus aux enfants des populations pour leur éducation et aux personnes du troisième âge sans ressources financières de bénéficier d’une pension sociale.
En sus, la DGPSN s’intéressera également à la production d’évidences scientifiques par des projets de recherche en relation avec le Centre de Développement de l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique (OCDE) sur l’employabilité des jeunes des ménages du Registre national unique (RNU) et sur l’extension de la protection sociale à l’économie informelle  
 
 
Le mot de la fin ?
 
C’est un mot de remerciements à l’endroit de votre magazine pour nous avoir donné l’occasion de discuter de la politique sociale du Président de la République et de partager les résultats de la Délégation générale à la Protection sociale et à la Solidarité nationale (DGPSN).

Me féliciter également des investissements jamais égalés que Son Excellence Macky SALL a consentis pour la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales.

Ceci pour dire qu’avec le Président, Macky SALL, la redistribution des fruits de la croissance est une réalité et que les populations pauvres ne se sentent plus exclues du processus de développement socio-économique.
Pour terminer, je voudrais lancer un appel aux acteurs politiques d’œuvrer pour préserver la stabilité dans notre cher pays qui est un havre de paix dans la sous-région ouest africaine. 

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